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Depuis le 1er février 2020, la Haute Autorité remplace la commission de déontologie de la fonction publique (CDFP) et contrôle ainsi la déontologie de certains responsables et agents publics.

 

Le prix de recherche 2017 remis à la revue « Éthique et scandales publics »

Le prix de recherche 2017 remis à la revue « Éthique et scandales publics »

La Haute Autorité a créé son prix de recherche avec pour objectif  de promouvoir la production et l’échange de savoirs sur des sujets majeurs pour la vie de nos institutions. L’objectif était de récompenser une publication scientifique apportant une meilleure compréhension, un enrichissement de l’approche théorique ou un développement de propositions innovantes et opérationnelles en matière de transparence, d’éthique publique, de déontologie, ou de lutte contre la corruption.

Pour cette première édition, 26 candidatures ont été reçues reflétant la richesse du choix soumis au jury, dont quatre thèses, une revue, un ouvrage collectif et un livre à quatre mains.

Le souhait du jury, composé de Marie-Thérèse Feydeau (présidente du jury, membre du collège de l’Autorité), Laurène Bounaud (déléguée générale de Transparency international France) et Philippe Blachèr (professeur de droit public à l’Université Lyon 3), était d’abord de récompenser un travail qui au delà de sa qualité scientifique, est accessible pour le grand public. Ils ont également tenu compte de l’originalité de l’ouvrage ou de l’approche choisie par le ou les auteurs ainsi que l’apport à la connaissance des sujets dans le champ de la Haute Autorité (transparence, prévention des conflits d’intérêts, probité et éthique publique).

C’est finalement la revue « Éthique et scandales publics », volume n°18 de la revue Éthique publique, dirigée par Luc Bégin et Yves Boisvert, qui a été retenue à l’unanimité par le jury.

La revue Éthique Publique est une revue en ligne, éditée au Canada, qui s’adresse à un public francophone composé d’universitaires et de praticiens et dont l’ambition est de faire connaître la recherche et la réflexion sur l’éthique publique, qu’elles proviennent des milieux universitaires ou des gens du terrain.

Le prix leur a été officiellement remis le mercredi 13 décembre, en présence du jury et des membres et des agents de la Haute Autorité.

Entretien avec MM. Yves Boisvert et Luc Bégin, co-directeurs de la revue « Éthique et scandales publics »

Monsieur Boisvert, vous avez été le fondateur en 1999 puis le directeur pendant 10 ans de la revue Éthique publique. Pourquoi avez-vous souhaité lancer cette revue ? Quelle était alors votre ambition ?

Lorsque j’ai lancé le projet de la revue au printemps 1998 (le premier no est sorti au printemps 1999), j’avais quatre objectifs très précis en tête : A) créer une revue scientifique de langue française afin de mettre les enjeux d’éthique publique au cœur des problèmes publics devant être discutés dans l’espace francophone ; B) faire de cette revue un espace de dialogue entre les chercheurs universitaires francophones s’intéressant aux divers enjeux propres à l’éthique publique et ce, dans une perspective interdisciplinaire ; C) s’assurer que les universitaires qui publient dans cette revue le fassent avec un souci de transfert de connaissances vers les agents publics qui sont interpellés par ces questions fondamentales, voire même que ces universitaires ouvrent un dialogue direct avec ces praticiens ; D) faire en sorte que les réflexions et dialogues qui se déploieraient dans cette revue parviennent à transcender le dialogue de sourd trop souvent provoqué par les postures moralistes, afin de favoriser la construction de nouveaux compromis sociaux et politiques adaptés à notre contemporanéité.

Monsieur Bégin, vous êtes le directeur actuel de la revue Éthique publique. Quelles évolutions avez-vous pu observer sur les sujets et approches des chercheurs dans le domaine de l’éthique publique depuis que vous contribuez à cette revue ? Quels sont selon vous les tendances de recherche pour les prochaines années ?

Il est difficile de répondre en ce qui concerne les approches des chercheurs. La revue est multidisciplinaire et très ouverte à des perspectives et méthodes variées. C’est en grande partie ce qui en fait la richesse. Les contributions des chercheurs au domaine de l’éthique publique reflètent forcément cette variété. Quant aux tendances de recherche, on remarque un intérêt croissant pour la réflexion d’éthique publique dans un nombre grandissant de domaines d’action. Par exemple, notre prochain numéro portera sur les enjeux d’éthique publique liés à la préservation du patrimoine. Nous avons aussi publié récemment sur l’acceptabilité sociale des projets de développement économique. Ce sont des thèmes qu’on aurait difficilement imaginés il y a 10 ans. Il est clair toutefois que les enjeux liés à la gouvernance et à la culture des élites politico-administratives occuperont encore longtemps les réflexions en éthique publique. Il semble en effet y avoir un changement de paradigme important dans la culture démocratique de nos pays ; nos élites sont appelées à s’adapter aux nouveaux standards d’intégrité attendus de la part des citoyens sinon à se retrouver en grande partie responsables de la montée des populismes et de la fragilisation de nos institutions.

Est-ce que la publication intégrale de la revue en ligne, gratuitement, était importante pour vous ? Pourquoi avoir choisi ce format plutôt qu’une revue scientifique plus classique ?

La revue a longtemps été publiée en version papier uniquement. Sa publication en ligne est d’abord une conséquence du défi du financement auquel nous faisions face. Compte tenu de son caractère volontairement multidisciplinaire et ouvert à des thématiques intéressant des clientèles variées, la revue ne pouvait être associée à un regroupement professionnel et disciplinaire en particulier, comme le sont généralement les revues scientifiques classiques. Il s’avérait alors difficile de pouvoir compter sur un bassin d’abonnement stable permettant de financer les coûts associés à une version papier. Publier en ligne entraîne aussi des coûts mais ils sont moindres et nos institutions étaient disposées à nous soutenir dans ce virage. Nous souhaitions également rendre la revue accessible à un public aussi large que possible. Nous étions persuadés que les orientations de la revue ainsi que les thématiques abordées sauraient intéresser de nombreux lecteurs hors des réseaux pouvant être rejoints par les modes classiques de diffusion. L’option de publier en ligne et gratuitement s’est donc naturellement imposée. Nous trouvions également attrayante l’idée de pouvoir donner une nouvelle vie aux anciens numéros de la revue en les publiant en ligne. A voir le niveau de fréquentation du site de la revue par un lectorat provenant de toute la francophonie mais aussi de pays non francophones – États-Unis et Allemagne, entre autres – il nous apparaît évident que c’était le choix à faire.

Le numéro primé par la Haute Autorité porte sur le thème « Éthique et scandales publics », pourquoi avez-vous choisi cet intitulé ? A-t-il été aisé de recueillir des contributions sur ce sujet ?

Nous avons reçu de très intéressantes propositions et les auteurs que nous avons contactés se sont montrés très enthousiastes à l’idée de contribuer à la réflexion sur ce thème. De notre côté, cela fait bientôt 10 ans que l’une des équipes de recherche (celle du Cergo de l’ÉNAP dirigé par le professeur Boisvert) de notre réseau de chercheurs (dirigé par le professeur Bégin via une subvention FRQSC-équipe) travaille l’analyse des scandales. Après avoir analysé plus d’une vingtaine de scandales, l’équipe en est arrivée à proposer une thèse : si l’on dépasse la dimension tragique que nous proposent les médias et l’instrumentalisation politique que font les partis d’opposition dans nos assemblées législatives, l’analyse rigoureuse des scandales peut nous permettre d’apprendre énormément sur les lacunes de nos institutions publiques et sur les travers de la culture de nos élites politico-administratives. En collaboration avec l’une de nos équipes de recherche (CRSH), nous allons d’ailleurs poursuivre ce chantier en nous intéressant à la théorie des cycles de scandales afin de démontrer que si les grands scandales commencent toujours par des allégations sur de petites affaires, ils dégénèrent vite via de nouvelles accusations et se terminent par la mise en place de nouveaux dispositifs de régulation interpellant l’éthique et l’intégrité. Nous allons d’ailleurs faire l’analyse du récent cycle de scandales français, qui va des affaires Fillon à l’adoption de la loi sur la moralisation de la vie publique française. Nous espérons que les résultats de ces recherches nous permettront de contribuer à la bonification de nos régimes démocratiques si souvent fragilisés par les attaques des populismes. Fidèles à la conviction que l’éthique publique est une discipline pragmatique, au sens de Dewey, visant à produire une plus-value sociale, nous sommes persuadés que nos élites politico-administratives ont intérêt à recevoir ces critiques et leçons afin de redonner du sens à nos institutions publiques.

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